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L’ESSENCE DE L’HOMME, 3

L’idée d’un projet commun n’est pas souvent le fruit d’un véritable accord libre entre des individus. Le plus souvent, il est prédéfini et imposé de l’extérieur par une autorité quelconque. Dans ces conditions, l’autorité détient les clés de la connaissance du projet et les clés du jugement de ceux qui participent au projet. Dans ces conditions, ces derniers, quelles que soient leur motivation et leur connaissance du projet, dépendent entièrement de l’autorité. (L’entreprise est un excellent exemple)

Ainsi, un tel projet crée, à coup sûr un lien entre les participants. C’est une acceptation collective du projet, un accord collectif pour le servir, une recherche collective d’une meilleure connaissance du projet et d’un meilleur service du projet.

De même, le projet de société, préexistant, défini par d’autres, est censé créer du lien social, et ce lien est lui-même l’objet d’une quête.

Quel est le projet aujourd’hui ?

Si l’on voulait trouver une preuve ou une marque probante du pouvoir extrême de la valeur « société » aujourd’hui, il suffirait de constater que le discours dominant, les catégories les plus efficientes et les mieux reconnues, appartiennent à la psychologie, aux aspects les plus sociaux, pratiques des religions (Finies les missions, place à l’humanitaire. Finis les mystiques, place à l’engagement) et aux philosophies morales et sociétales. (Finis les systèmes)

Autrement dit, le plus important, ce n’est pas la sainteté, la vertu, la foi mais la norme, la morale sociale, la citoyenneté. Le psychologue-psychiatre-psychanalyste – malgré les différences et nuances – parle au nom d’une connaissance d’un certain « Homme » (essence) : la personne (héritage chrétien) équilibrée (héritage clinique), saine (héritage médical), et intégrée ou socialisée (les psy, serviteurs zélés de la société. Marque d’origine : voir la pensée freudienne à ce sujet)

Quelle importance a pris aujourd’hui le mot « éducation » !  On en en revient sans cesse à elle, on nous en rebat les oreilles. Education assurée par les représentants de la société : éducation à la citoyenneté souvent, informer aussi comme on dit souvent, former.  

Et de même qu’autrefois on pouvait tolérer des religions différentes, mais qu’on regardait comme un danger un pur athée, quelqu’un ne croyant en aucun Dieu (c’est plus ou moins encore le cas aux Etats-Unis par exemple), de même on accepte les différentes doctrines psychologiques, on tolère les différentes approches de la norme sociale, mais on n’accepterait pas que l’on ne reconnaisse aucune norme de ce genre.

L’essence des hommes n’est pas quelque chose d’acquis, quelque chose que l’on connaît. Elle est trop mystérieuse et mouvante pour cela. C’est l’objet d’une quête.

Il doit y avoir un Homme dans tous les individus puisqu’il y a un mot (homme) pour qualifier, depuis longtemps, tous les individus, et puisqu’on utilise ce mot depuis si longtemps. On dira que c’est l’essence des individus différents. L’avantage avec cette essence uniquement postulée mais jamais trouvée, c’est que l’on peut lui donner le sens qu’on veut.

C’est le projet de société humaine. Le projet Homme que tout le monde doit servir.

Maintenant, tous les chemins mènent à l’Homme (après avoir mené à Rome).

Il est probable que c’est parce que le mot homme est devenu plus usuel, plus fréquent que le mot dieu, parce que les religions elles-mêmes ont de plus en plus donné d’importance et de sens à ce mot, que cette essence s’est imposée et a supplanté dans les esprits, peu à peu, dieu.

Cette essence permet de préciser, de définir un certain nombre de sentiments, d’attitudes, de conduites dus à tous les individus, et les individus, adhérant à cette conception, sont en droit d’attendre ces sentiments, attitudes, conduites.

Tout cela dépend de ce que l’on met dans cette essence, et cela a changé au cours des siècles et millénaires. Nous avons vu de quelle nature est celle qui prédomine aujourd’hui.

Une fois admise l’idée de l’existence d’un Homme transversal et commun à tous les individus, chaque individu se trouve soumis à la découverte de ce qui le transcende et le domine.

Il suffit, dès lors, de travailler pour le projet, c’est à dire pour une idée de l’Homme définie, générale, (ou les différentes expressions générales de l’idéal humain) comme réalisant pleinement la norme sociale pour avoir l’impression de servir l’Homme. Et ce qui s’en éloigne ou ce qui y est étranger est critiqué ou honni.

Participation recommandée au lien social en vigueur.

Ne vous-êtes vous pas aperçu qu’après avoir eu affaire à des gens qui parlaient au nom de Dieu, (ben voyons) vous avez maintenant affaire à des gens qui parlent au nom de l’Homme ?

Mais demandez-vous donc de quel droit le psychologue Tartempion, le philosophe moraliste et engagé, Zigomar, prétendent parler au nom de cet Homme (ou du bien commun cela revient au même) – comme s’ils en étaient les porte-parole officiels et mandatés ?
De quel droit prétendent-ils vous prescrire telle conduite en fonction de leur idée personnelle de l’Homme ? De quel droit partent-ils de l’idée que leur idée de l’Homme est meilleure que la vôtre ?

Ne connaissez-vous pas les mots qu’ils emploient aussi bien qu’eux ? Ces gens-là sont-ils propriétaires ou maîtres des mots à propos de l’Homme pour qu’ils vous prescrivent l’usage que vous devez en faire ?

Exemple : « L’amour, c’est l’essence dans le moteur ; c’est la condition émotionnelle pour que l’épanouissement ait lieu mais ce n’est pas l’objectif. L’objectif, c’est l’action, la dynamique de vie. » (Serge HEFEZ)

N’êtes-vous pas libres de donner aux mots « amour » et « « action » un autre sens, un autre usage ? De quoi se mêle-t-il ?

C’est que la définition de l’essence de l’Homme est l’apanage de ceux qui font autorité, de ceux qui sont certifiés par la société.

 

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