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LE BIEN, LE BON, LE BEAU

Ainsi donc, personne, jamais, ne peut nous donner un sens, ce « nous » déduit ou fonction du sens ou du savoir utilisé ne peut être que fantaisiste puisque ce sens ou ce savoir est subjectif. Le sens donné à la vie est tout à fait subjectif. Le sens donné à l’évolution du monde est tout à fait subjectif. Le sens donné à la société est tout à fait subjectif. Le sens donné à l’être humain est tout à fait subjectif. Le sens moral est tout à fait subjectif.

C’est pourtant à partir de ces genres de sens que l’on donne un sens à celui que l’on désigne, nomme avec les mots. (C’est la vie, le rapport au monde et à la société, la philosophie et la morale de ce dernier qui sont en question)

L’adulte veut, par exemple, que l’enfant soit comme ceci ou se comporte comme cela. Mais ou il ne sait pas pourquoi il veut cela et pas autre chose (subjectivité : pas de preuve de la vérité de cela), ou il ne sait pas pourquoi survient cette pensée, cette raison à partir de laquelle, ou en fonction de laquelle il veut cela. Il est convaincu, c’est tout.

Alors ne surtout pas croire que l’idée négative qu’il a de l’enfant, pendant de l’enfant qu’il voudrait avoir, et au mieux dépendante, s’il en est conscient, de la raison subjective en question – sens de la vie ou du monde ou de la société ou de l’être humain ou de la morale – est juste.

Nous ne sommes jamais celui dont parlent les autres puisque celui dont parlent les autres est la chimère propre aux autres. De plus, et surtout, les autres sont absolument incapables de prouver qu’il existe quelqu’un dont ils puissent parler, auquel ils puissent s’adresser, un référent réel, au moins expérimentable, à leurs mots. Il est simplement entendu, d’usage, que des mots peuvent désigner quelqu’un, alors on fait comme tout le monde, on utilise les mots ainsi, sans savoir ce que l’on fait, par mimétisme. Et alors si on ne croit plus du tout ces mots-là….

SHAKESPEARE disait : « La vie est une histoire racontée par un idiot, pleine de fureur et de bruit, et qui ne signifie rien »

Il ne reste plus que la persuasion – toutes les formes, tous les moyens sont bons – pour faire accepter qu’il y a quelqu’un et que ce quelqu’un est vraiment tel qu’on le dit alors qu’il devrait être autrement.

C’est toujours pour notre bien : c’est ceci dont nous avons besoin, on conclut cela dans notre intérêt, on part de cette idée, parce que l’on ne pourrait pas faire autrement, on propose cela, parce que c’est le genre de chose que l’on désire. Il y a toujours le présupposé d’un bien général.

Le « persuadeur » : quelqu’un qui nous veut du bien.

Mais qu’en sait-il, celui qui parle, de ce qui est bien pour nous, pour tout le monde ? Qu’en sait-il, celui qui parle, de ce dont on ne pourrait pas se passer ? Qu’en sait-il, celui qui parle, de ce que l’on désire, de ce que tout le monde désire ?

En dehors des besoins de l’organisme humain, en dehors des besoins fondamentaux de l’espèce, qu’est-ce qui est commun ?

On ne peut parler de bien, le mot n’a pas de sens s’il doit avoir un sens commun. De quel bien s’agit-il ? Le bien de qui ? Qu’est-ce qui est bien ? Il faut examiner ce qui est bien pour nous. S’il s’agit d’un bien moral, psychologique, d’un état de notre esprit, d’une santé mentale, d’un épanouissement personnel, il faut examiner ce qui en nous, chez nous, peut être qualifié de bien. Mais alors cela doit tenir compte de notre situation, de notre état, de nos besoins, de notre conscience actuelle.

Tout cela change.

Et nous sommes différents.

Alors que personne ne définisse le bien. Que personne ne décide de ce qui serait bien pour tout le monde. C’est absurde. A moins de prouver à tout le monde qu’il y a quelque chose de constamment commun dans les domaines concernés.

Finie la croyance en un bien pour nous qui se passerait de l’examen, par nous, de ce qui nous manque vraiment maintenant.

Finie la croyance en un bien pour les autres qui se passerait de l’avis des autres, maintenant.

De la même façon, si on prétend juger quelqu’un, on ne peut pas se contenter de l’étiquetage d’une action selon un système de valeurs donné. Si c’est quelqu’un que l’on veut juger, il faut pouvoir connaître la nature de sa conscience, de son rapport aux autres.

Donc un bien moral, psychologique etc prétendument objectif ne nous concerne pas. Ce n’est pas un but pour nous.

Le bon et le beau, c’est ce que l’on trouve bon et beau parce que c’est ressenti ou apprécié ainsi. Bon ou beau désignent l’effet sur soi de ce qui est qualifié ainsi. (émotion, plaisir, impression, sensation etc) On utilise ces mots par commodité, de façon convenue. A quelque niveau ou quelque registre que l’on se place, c’est apprécié, aimé, goûté, positivement.

Pourquoi voudrait-on que les autres éprouvent la même chose ? Pourquoi voudrait-on faire un système de cet effet sur soi, de sa propre expérience, de sa propre perception ? En faire une vérité ? Beau ou bon, ce n’est pas une entité indépendante qui se poserait, comme cela, sur ceci ou cela et que l’on reconnaîtrait.

Cela ne veut rien dire un qualificatif beau ou bon attribué à quelque chose qui nous laisse complètement indifférent. Et il est ridicule de dire que c’est beau ou bon uniquement parce que tout le monde le dit.

Les définitions du beau et du bon ne peuvent être adoptées d’emblée. C’est toujours une expérience personnelle à faire. Alors que prétend-on enseigner ? Certainement pas une vérité.

Tous ces bonimenteurs – qui n’ont déjà pas vérifié sur eux-mêmes l’efficacité de leur élixir- à qui on n’a rien demandé – veulent faire du bien aux gens, définir le beau et le bon, et ils veulent vendre à tout le monde la même camelote : la leur.

Dès que l’on croit qu’ils parlent au nom des autres, qu’ils connaissent ce qui est bien, bon ou beau – remplacer ces mots par n’importe quel concept ayant ce sens – pour les autres, chez les autres, dès que l’on croit que quelque chose d’objectif existe en matière de bien, bon ou beau de manière durable, cela devient un objet de quête, de dépendance et de manque. Car c’est le bien, le bon, le beau qui servent à définir, qualifier ce «quelqu’un» qui est désigné. Pour fabriquer un sujet à mener par le bout du nez, il faut lui fournir du général.

 

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